Pour aborder le sujet de la promotion et de la recommandation littéraire à travers la création de contenu, interviewer Audrey Tribot était une évidence. Implantée dans le milieu depuis plus de dix ans, elle fait partie de ces créatrices incontournables, bien avant que le bookstagram et le booktok ne deviennent ce qu’ils sont aujourd’hui. L’interview était à son image : intéressante, ouverte et d’une grande transparence. C’est au café Hélène et Madeleine, l’un de ses spots de travail habituels, qu’Audrey nous a reçus. Une façon de nous plonger directement dans son quotidien, entre créations de contenu et gestion d’agence bien rodée.
Comment la jeune Audrey de 15 ans est-elle venue à créer du contenu littéraire ?
En 2013, suite à la rencontre d’une amie sur un forum qui avait créé un blog littéraire, j’ai voulu faire de même, et c’est comme ça que mon blog est né. J’avais envie de partager ma passion avec des gens, mais personne autour de moi n’aimait lire, alors je cherchais à rencontrer des personnes qui partageaient le même amour des livres. C’est petit à petit que j’ai pu en vivre, en développant aussi des ateliers en médiathèque à côté.
N’est-ce pas compliqué de faire de sa passion son métier ?
Bien sûr, il y a des périodes où tu te forces un peu (à créer du contenu, à lire) à cause des deadlines. Mais la lecture reste quelque chose que j’apprécie toujours autant et qui me transporte encore comme au premier jour. Je savoure chacune de mes lectures et je passe toujours un bon moment.
Comment définirais-tu ton identité, ta marque personnelle dans un monde où beaucoup de créateurs de contenu se concurrencent ?
Le plus important, c’est la persévérance et la rigueur. Après ça, je pense être vraiment spontanée et naturelle (on me le dit d’ailleurs souvent). J’ai aussi grandi avec mes réseaux sociaux et les gens ont grandi avec moi, ce qui crée quelque chose en plus. Je priorise toujours l’honnêteté, la sincérité et la franchise, car ça me semble primordial, tout en réussissant à me dévoiler un petit peu.
« Les gens sont super bienveillants, j’ai beaucoup de chance, je me sens hyper bien entourée sur mes réseaux sociaux, c’est rassurant et réconfortant »
Comment se déroule une semaine type ?
Toutes mes semaines sont très différentes. Je raisonne plutôt en missions, et c’est ce que je vais développer ici, car parler de mes missions permet de mieux se rendre compte de ce à quoi ressemble une semaine type.
Concrètement, chaque semaine, une vidéo doit sortir le vendredi. Et en parallèle, des contenus sont publiés tout au long de la semaine sur Instagram et TikTok. Pour tout ça, il faut réfléchir aux contenus, les préparer, les photographier, faire les montages vidéo ou les envoyer en montage. J’ai personnellement une monteuse vidéo, ce qui me soulage beaucoup. Et puis, il y a la publication sur les réseaux, les réponses aux commentaires, la promotion du contenu publié… Tout ça, c’est le cœur de la création de contenu.
À côté, il y a toute la partie administrative. Les mails, les devis, les factures, les négociations, l’organisation d’événements…
Et enfin, les missions pour l’Agence des Mots. Beaucoup de mails de négociation pour d’autres personnes, la mise en contact avec des créateurs de contenu…
Peux-tu justement nous parler de cette agence ?
J’avais beaucoup de propositions de collaborations que je ne pouvais pas ou ne voulais pas accepter. Alors, je les renvoyais vers des copines. C’est là que j’ai compris qu’il était possible d’aider d’autres créateurs de contenu grâce aux compétences que j’avais acquises sur le tas. C’est donc avec une de mes meilleures amies que j’ai créé l’agence, il y a presque deux ans. Cette agence recrute des créateurs de contenu en exclusivité, afin de les accompagner au quotidien dans des tâches telles que l’administratif, les mails, la comptabilité…
« Pour moi, c’est vraiment un milieu où on doit s’entraider, surtout car c’est un métier nouveau »
Comment se passe une collaboration avec une maison d’édition ?
En général, quand une maison d’édition me contacte pour une collaboration, c’est parce qu’elle souhaite que je lise un roman et que je fasse des posts en conséquence à un moment précis. C’est différent des services de presse, que je ne lis pas forcément rapidement. Parfois je refuse des collaborations, et j’ai la chance de pouvoir me le permettre. Cela me permet de privilégier la mise en avant de livres qui me plaisent vraiment. Ça se fait au feeling, si le livre me donne envie, mais c’est aussi une question de planning et de période.
Une fois que j’accepte une collaboration, un devis et un contrat sont signés. Je lis le livre, je crée le contenu, que ce soit un concours, un reel Instagram, un vlog… Puis je leur fais valider avant de poster sur les réseaux sociaux. De manière générale, c’est comme ça que ça se passe.
« Je trouve ça important d’aimer pour promouvoir. Mais si je n’aime pas, je peux promouvoir autrement, tant que l’ouvrage n’est pas problématique »
Comment choisis-tu les livres que tu mets en avant ?
De manière générale, je parle de toutes mes lectures. Mais je mets davantage en avant certains livres au feeling, en fonction de si j’ai aimé le roman, si j’ai le temps d’en parler entre toutes les collabs…
Comment arrives-tu à transmettre ton enthousiasme suite à une lecture à ton audience ?
Je pense que ça se ressent naturellement. La personnalité joue beaucoup. Étant extravertie, ça se voit vraiment quand j’aime énormément un livre. Et lorsqu’un livre est un coup de cœur, il va revenir souvent. Dans plusieurs posts, dans mes récaps de fin d’année…
Selon toi, quel est l’enjeu principal de la médiation littéraire aujourd’hui ?
Il y a deux enjeux pour moi. Promouvoir les livres, bien sûr, mais aussi et surtout donner envie aux gens de lire. Ça a toujours été l’un de mes grands objectifs et ça reste mon but principal.
Aujourd’hui, de quoi es-tu la plus fière ?
Je suis fière que tout continue de bien marcher et d’avoir réussi à me renouveler tout en restant fidèle à moi-même. Ce travail m’a aussi permis de développer un sens de l’organisation et de la rigueur très importants, qui sont selon moi les piliers de mon travail. Et plus récemment, avoir créé l’agence est aussi une grande fierté. C’est un projet professionnel plus concret qui s’est bien développé, auquel les maisons d’édition font confiance. Et ça, ça me rend vraiment très fière.

Audrey Tribot est créatrice de contenu littéraire depuis 2013. Elle a suivi une licence de lettres modernes, puis une L3 édition et commerce du livre à l’IUT Paris Descartes, avant de valider un master en commercialisation du livre à Villetaneuse, avec des alternances en maison d’édition qui ont été très professionnalisantes pour elle.
Aujourd’hui, elle compte plus de 260 400 abonnés sur l’ensemble de ses réseaux et collabore avec les plus grandes maisons d’édition, telles que Gallimard, Hugo New Romance ou encore PKJ. Récemment, elle a fondé une agence de communication et d’influence littéraire nommée L’Agence des mots.

Rose – The Word Wide Web