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En tant que lectrice de mangas et de webtoons en numérique, je me suis interrogée sur la place qu’occupe aujourd’hui la version papier dans ce marché en pleine évolution. Pour mieux comprendre les liens entre publication imprimée et lecture numérique, je me suis rendue à la librairie BD Net Nation, où j’ai rencontré et interrogé Myrtille Fowler afin d’en apprendre davantage sur le sujet.

 » L’édition donne une importance aussi aux auteurs/rices. « 

Comment la publication en format papier influence-t-elle le marché du webtoon et du manga numérique ? Déjà, est-ce que vous pouvez vous présenter et expliquer votre lien avec le monde du manga, le webtoon et l’édition ?

Et en fait, c’est vrai que le webtoon, je pense que moi j’en ai lu un peu à dos, plus personnellement, mais un peu. Et c’est vrai que je dirais que les parutions webtoon, ça a commencé il y a trois, quatre ans peut-être, de mémoire. Et c’est vrai que nous, en tant que professionnels du livre, je pense qu’il y a Solo Leveling, qui est une espèce de locomotive qui tire un peu tous les autres webtoons. Il y en a quelques-uns aussi qui marchent bien. Mais nous, globalement, on peut avoir des fois une personne qui achète une série, mais c’est tout. Et c’est vrai que souvent, c’est un peu des fours. On nous dit, ah bah, il y a tant de milliers de millions de lecteurs en ligne. Et en fait, nous, après, derrière, les ventes ne suivent pas forcément. À part sur Solo Leveling, deux, trois exceptions.

Et par rapport au manga ?

Ah, par rapport au manga, là, ça marche bien. C’est un secteur qui se porte très bien, pour le coup. C’est vrai que c’est un public qui est fidèle et qui suit ses séries, donc c’est assez précieux. En plus, je pense que nous, avec le pass culture et la possibilité de donner à des jeunes qui, d’habitude, n’ont peut-être pas autant de moyens d’acheter des produits culturels, il y a beaucoup qui se tournent vers le manga. Et du coup, c’est assez génial parce que c’est un genre hyper intéressant et hyper riche. Toute lecture est bonne à prendre, parce que des fois, il y a des détracteurs un peu, le manga, tout ça. Mais nous, on est assez ravis et c’est un secteur qui se porte bien, je pense.

Et du coup, vous êtes plutôt un lecteur de webtoon ou de manga, ou ça change rien ?

Moi, plus manga. C’est vrai que je ne lis plus trop en ligne. J’ai lu un peu avant d’être en poste, parce que c’était plus facile. Mais c’est vrai que maintenant que je suis en poste, je n’ai pas forcément le temps de lire en ligne. Et c’est vrai que je pense que je m’éloigne un peu aussi du lectorat webtoon, un peu classique peut-être, un peu shonen, un peu shoujo, même s’il y a des trucs super qui se font, mais je pense que j’ai moins le temps de m’y intéresser. Et après, j’ai lu beaucoup d’auteurs/rices queer en ligne, de récits un peu différents qui n’étaient pas trop publiés à l’époque, et qui le sont plus maintenant, donc ça c’est cool. Mais voilà, c’est ce que je pourrais dire. Pour le coup, c’est vrai que webtoon, j’en lis pas du tout maintenant, ou vraiment très peu, mais manga, oui. Je continue, il y a vraiment des trucs super.

Et selon vous, pourquoi certaines œuvres numériques sont-elles publiées en version papier ?

Je pense qu’il y a une volonté de tracter les lecteurs/rices en ligne vers un produit physique et du coup de générer des fonds. Je pense qu’il y a aussi pour les lecteurices une envie de lire ça en physique et pas juste lire des chapitres, de pouvoir les relire plus facilement. Je pense que ça a un vrai intérêt.

La sortie d’une édition papier change-t-elle de la perception du lecteur d’un manga numérique ?

Je pense que pour certains, oui. Je pense qu’il y a une forme de légitimisation de l’œuvre en soi et que ce n’est pas juste quelque chose… Je pense qu’il y a des critiques sur le fait que c’est en ligne, ce sont des gens qui ne seraient pas édités. Et je pense que l’édition donne une importance aussi aux auteurs/rices. Votre oeuvre mérite d’être publiée, dans l’esprit de certains en tout cas. Et puis ça permet, je pense, aux lecteuristes d’avoir accès, de pouvoir aussi plus facilement être conseillés, je ne sais pas. Mais oui, je pense que ça a son importance.

Est-ce que vous avez constaté une augmentation de la popularité ou des ventes numériques après une publication papier ? Une version numérique qui est publiée en version papier. Est-ce que, selon vous, ça va inciter les personnes à aller sur le numérique pour lire davantage ?

Ça, je ne saurais pas trop. Parce que c’est vrai que nous, il y a des librairies qui vendent aussi des produits numériques. Nous, ce n’est pas notre cas, du coup, je n’ai pas trop de vision là-dessus. Et peut-être qu’il y a des gens qui, je me dis aussi peut-être avec les bibliothèques, qui commencent à en lire, certains, même en librairie, qui feuillettent et qui après se disent « bon, je vais lire en ligne parce que c’est plus accessible et gratuit ». Mais c’est vrai que là, c’est vraiment une estimation pas très sourcée, moins sourcée.

Pensez-vous que le format papier attire un nouveau public différent de celui qui lit en numérique ?

Peut-être. Je pense qu’il y a peut-être des gens qui ne seraient jamais tombés sur le numérique, sur le format, qui du coup le voient en magasin et qui s’y intéressent ou qui sont attirés. Je pense que ça peut se jouer. Je pense qu’après, les amateurs de webtoons connaissent aussi bien ces plateformes-là et ces choses-là. Mais ça peut faire venir des gens qui ne seraient. Je pense que ça peut attirer d’autres personnes, d’autres clients.

Est-ce que vous pensez que le format Vapier, il est plutôt un complément au numérique ou c’est une concurrence ?

Je pense que c’est un complément. Ouais, je pense. Parce que concurrence, je pense qu’en plus il y en a qui le lisent, qui continuent en ligne et qui après l’achètent en physique pour avoir une collection. quelque chose de beau dans la bibliothèque. Je pense qu’après, il y a aussi des gens qui, de toute façon, ne l’auraient pas acheté, veulent le lire, mais ne l’auraient pas acheté, que ce soit en bibliothèque ou en ligne.

Et est-ce que c’est votre cas ?

Je pense que ça peut l’être pour certaines séries. Après, moi, j’ai le privilège de pouvoir lire et emprunter. Ça, c’est assez royal. Mais je pense que si je ne travaillais plus en librairie, je pense qu’en effet, je n’achèterais pas tout parce que c’est un budget, c’est de l’espace et du temps. Donc l’aspect en ligne ou en bibliothèque est pour moi complémentaire et nécessaire.

Quels sont les principaux avantages commerciaux d’une adaptation papier pour un éditeur ou un auteur ?

Je pense qu’il y a des deux, un public qui n’achetait peut-être pas au début dans leur catalogue ou même connaissait peut-être pas tant leur maison d’édition et leur faire découvrir du coup à travers cette oeuvre ah bah vous avez aimé ça. on a aussi ça du coup les attacher. parce que c’est vrai qu’en plus je me dis avec les communautés en ligne autour des webtoons ou autres il peut y avoir des vrais fandoms et voir que telle édition a édité notre livre. enfin notre un gros coup de cœur, il peut y avoir cette attache aussi à la marque ou à l’éditeur. Donc je pense qu’il va y avoir un lien un peu qui se crée. Donc je pense que pour les éditeurs, c’est important. Et je pense qu’il y a toujours aussi le truc du public, de l’argent, on va pas se mentir, qui est intéressant.

Et comment les lecteurs réagissent en général lorsqu’une oeuvre numérique sort en perso-papier ?

Il y en a qui avaient cette attente un peu de « Ah bah enfin, c’est édité », tout ça. En plus, sur certaines des séries webtoon, par exemple, ils font des éditions collector avec des tirages limités, des goodies, des choses comme ça. Donc je pense que là, c’est une vraie plus-value pour les lecteurices de « Ok, je peux en plus avoir des petits trucs de cet univers. ». Donc c’est, je pense, très précieux. Et en plus, j’ai l’impression aussi avec tout ce qui est réseau, BookTok, des choses comme ça, qu’il y a un vrai engouement aussi et que du coup, le côté physique et j’ai l’impression qu’il y a tout un truc aussi avec les bibliothèques, la décoration, les jaspages, des choses comme ça où c’est un vrai enjeu aussi matériel et identitaire un peu. Je pense que c’est c’est précieux pour les lectrices.

Et vous m’avez parlé de « Solo leveling », est-ce que vous l’avez lu déjà ?

Honnêtement, non. C’est vrai qu’il y a des séries comme ça où les gens, en fait, vont les chercher d’eux-mêmes. Du coup, nous, personnellement, en tout cas, c’est vrai que moi, j’ai ce truc de me dire, j’ai pas besoin de le conseiller. Je peux, avec les grandes lignes, je sais de plus en moins de quoi ça parle. Et le conseiller, et puis les gens… savent déjà ce qu’ils viennent chercher avec solo leveling. Ils n’ont pas entre guillemets besoin de mon travail. Et c’est vrai que plus personnellement, je peux bien aimer le shonen et ses récits un peu d’héros qui se battent et qui deviennent plus forts, tout ça. Mais je cherche aussi peut-être d’autres récits. Je pense que j’en ai pas mal bouffé dans mon adolescence et j’aimerais bien aussi d’autres voix. C’est vrai que le héros masculin qui… Je pense que je vais me tourner vers d’autres personnages.

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