En tant que bibliothécaire saisonnière, mais également stagiaire en librairie l’année passée, Emma Gendrot nous offre son point de vue actuel sur la relation entre les deux institutions.
L’ancienne libraire-stagiaire et bibliothécaire saisonnière a ainsi accepté de nous accorder de son temps pour aborder les institutions, leurs publics et leurs dynamiques. Étudiantes dans la même formation, nous avons pu effectuer l’entretien dans une salle de classe disponible de notre établissement, afin d’en apprendre plus sur le parcours professionnel d’une camarade appréciée, que nous remercions pour son temps.
Qu’as-tu préféré dans tes deux activités, en librairie et en médiathèque ?
–> En librairie, durant mon stage, on m’avait laissé l’opportunité de faire des vitrines, une en jeunesse et une plus grande vitrine. En bibliothèque, en comparaison, il y avait moins l’idée de mettre en avant les livres, mais j’aimais bien parce que les usagers sont un peu plus indépendants. Ils viennent chercher leurs livres tout seuls, il y a moins cette idée de « forcer » les gens à prendre un livre avant de repartir.

Qu’as-tu moins apprécié, en librairie et en bibliothèque ?
–> En librairie, je pense que c’était le conseil client, parce que je n’étais pas très à l’aise au début pour le faire. Je ne connaissais pas forcément tous les livres qui étaient proposés dans la librairie. Je pense que je ne savais pas trop comment faire et je n’osais pas non plus aller vers les gens.
« Je voulais les laisser regarder les livres avant de leur demander s’ils avaient besoin d’aide. »
En bibliothèque, c’était en été, donc juillet-août, et c’est moins actif durant cette période. Il n’y a pas du tout d’animation en été, alors que normalement au mois de septembre ils font des animations pour la rentrée, souvent en lien avec l’école ou des ateliers de couture, par exemple. En été il n’y a pas du tout eu ça, donc c’était un peu plus la « routine », on va dire.
Penses-tu que c’est quelque chose qui était propre à ta ville ?
–> J’ai travaillé dans une médiathèque aux Sables-d’Olonne, en Vendée. Ils avaient quand même une activité qui a été reproduite deux fois durant l’été. Comme ils ont une ludothèque aussi, parce que c’est un réseau de bibliothèques et de ludothèques de différentes villes regroupées, ils ont des grands jeux en bois qu’ils prêtent et qu’ils mettent dehors l’été, pendant deux jours. Nous, les employés pour la saison, on devait surveiller les jeux en bois, mais c’est la seule activité qu’il y avait. Sinon, les lectures par exemple, ça se déroule plus le reste de l’année.

As-tu remarqué d’autres différences dans le rapport aux publics ?
–> En bibliothèque, les gens sont plus indépendants, comme ils connaissent déjà le lieu. Il y a moins l’idée de passage qu’on peut avoir dans une librairie. Quand ce sont des familles avec des enfants en bas âge, ils demandent souvent des conseils pour des albums jeunesse, par exemple. Quelques fois des adultes m’ont demandé des conseils de lecture, mais ça reste rare. J’ai eu l’impression qu’il y avait beaucoup plus de monde en bibliothèque. Mais je suis aussi restée plus longtemps en bibliothèque qu’en librairie, peut-être que ça joue.
As-tu été amenée à travailler en collaboration avec l’autre institution ?
–> En librairie, je n’ai pas du tout eu de contact avec une autre institution comme la bibliothèque. Par contre, en bibliothèque, quand ils regardent le catalogue pour acheter des nouveaux livres en albums jeunesse, il me semble qu’ils ont un lien avec un libraire. Ils se donnent des conseils, mais c’est tout.
« Il n’y a pas eu plus d’échanges, comme des rencontres, entre les deux. »
As-tu pu échanger avec les publics sur leur rapport aux ouvrages ?
–> Les ouvrages n’étaient pas les mêmes. Par exemple, en bibliothèque, il y avait plus de personnes âgées qui venaient. Il y avait aussi des livres adaptés aux personnes malvoyantes avec des caractères plus gros, qui attirent différents types de personnes, en librairie il n’y avait pas ça. Il n’y a pas cette idée d’avoir le livre, de l’acheter, quand on est en bibliothèque ; c’est plus l’idée de donner un livre et d’en reprendre un. Comme mon stage en librairie était rapide, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de parler avec les clients de leur rapport aux livres.
Comment choisis-tu d’acheter un livre ou de l’emprunter ?
« La plupart du temps, j’achète mes livres, parce que j’adore avoir mes livres dans ma bibliothèque chez moi, avoir ma petite collection. »
–> Souvent, quand je me dirige vers la bibliothèque, c’est plutôt pour des livres que je suis moins sûre d’aimer. Par exemple, les livres qu’on commandait à l’école, quand on était obligés de les lire au lycée, on a moins envie de les acheter et on va plutôt les emprunter. Pour tout ce qui est achat, si j’ai commencé une série de livres et que j’ai les deux premiers tomes, forcément j’achète la suite, c’est assez logique. Mais la plupart du temps, oui, j’achète.
T’est-il déjà arrivé d’acheter un livre et de regretter ?
–> Je pense que ça ne m’est pas tant arrivé, de ne pas aimer un livre une fois lu. Si vraiment je n’ai pas aimé un livre, je vais le revendre via les plateformes en ligne, ou je vais le mettre dans une boîte à livres. Je ne le donne pas forcément aux bibliothèques, parce qu’ils n’acceptent pas toujours les dons, ils ont souvent un processus à respecter. Souvent quand je n’aime pas un livre, je le prête à quelqu’un, dans ma famille par exemple.
T’est-il déjà arrivé que quelqu’un se présente en bibliothèque pour un don ?
–> Moi, non, mais il me semble que c’est arrivé une fois dans la médiathèque où j’étais, et ils avaient accepté le livre. Ils acceptent les livres qui ne sont pas en trop mauvais état et ils le donnent à une association qui revend les livres, à qui ils donnent aussi les livres qu’ils doivent mettre au pilon.
« L’été, il y a aussi quelques jours durant lesquels ils ont un stand, et ils revendent les livres dont la bibliothèque se sépare. »
T’arrives-t-il de discuter de la manière d’acquérir un livre avec d’autres personnes ?
–> Je parle plutôt des livres avec ma famille ou mes amis, mais hors de mon cercle proche, je pense que je n’ai jamais abordé le sujet avec d’autres personnes. J’ai un procédé plutôt similaire à celui des personnes de ma famille.
Penses-tu que travailler dans un lieu isolé change le métier ?
–> Je pense que les librairies n’ont pas énormément d’impact par rapport aux bibliothèques, comme il y a beaucoup d’habitués. Dans la médiathèque où j’ai travaillé, la ville est une station balnéaire avec plusieurs librairies aussi, et il y a beaucoup de grands-parents qui viennent à la bibliothèque avec leurs petits-enfants chaque été, et qui viennent eux seuls toute l’année, comme ils vivent ici. Je ne sais pas si le fait qu’il y ait une librairie ou non changerait beaucoup ce rapport des publics à la bibliothèque.
Comment décrirais-tu la dynamique entre les deux institutions ?
–> Je pense qu’elles n’ont pas de lien directement, parce que ça reste deux milieux différents, mais elles ne vont pas non plus se pénaliser l’une l’autre. La bibliothèque arrive à vivre même s’il y a une librairie à côté, et inversement. Pour les publics, je ne sais pas trop, mais je sais que quand j’ai travaillé en bibliothèque, j’ai quand même acheté des livres en librairie.
« Je ne me suis pas empêchée d’acheter, et en même temps je pouvais lire des livres sur place à la bibliothèque, donc j’ai fait les deux. »
Penses-tu qu’avoir une librairie à proximité encourage à acheter plutôt qu’à emprunter ?
–> Ça dépend des types de personnes. En bibliothèque, c’était principalement des personnes âgées qui venaient ou des familles avec plusieurs enfants, et je pense que quand tu as des enfants qui sont petits, ils changent régulièrement de goûts, ils grandissent assez vite. D’un album jeunesse, tu passes vite à un album pour les plus âgés, donc il y a moins l’idée d’acheter, parce que ça revient quand même assez cher de toujours acheter les livres. Je pense que ces types de personnes vont plus se diriger au début vers les bibliothèques, et les autres types de personnes, comme les étudiants, vont plus acheter des livres directement que les emprunter.
Penses-tu qu’il faille améliorer les éléments de communication autour des institutions ?
–> Ils pourraient faire des évènements, ça pourrait marcher, ou aussi faire un lien en librairie. Par exemple, quand ils doivent retourner des livres, plutôt que de les renvoyer chez l’éditeur, les donner à la médiathèque. Ça pourrait être un moyen de réduire l’impact et les coûts pour la médiathèque. Je ne pense pas non plus qu’on puisse faire beaucoup plus, parce que ça reste deux moyens différents, de vendre ou de trouver un livre.
Emma Gendrot est actuellement étudiante à l’IUT Paris Cité, en seconde année du Bachelor Universitaire de Technologie Information-Communication Parcours Métiers du Livre et du Patrimoine.
Elle a réalisé un stage en mai 2025 dans la librairie L’Instant, dans le quinzième arrondissement de Paris, à proximité de la bibliothèque Vaugirard, et a travaillé en tant que bibliothécaire à la médiathèque La Jarrie, aux Sables-d’Olonne, durant l’été 2025.

Eloïse – The Word Wide Web