Dans le cadre de notre projet, nous voulions nous concentrer sur les bibliothèques, sur la façon qu’elles ont de toucher de nouveaux publics et de entretenir la vie de la bibliothèque grâce aux collaborations. Que ce soit grâce aux ateliers, aux expositions ou aux événements, celles-ci jouent un rôle essentiel. Nous nous sommes donc demandé : quels sont leurs évolutions ? Quels sont les bénéfices apportés ?
Comment naissent les collaborations ? Effectuez‑vous vous‑même des recherches de partenaires, ou recevez‑vous surtout des propositions spontanées ?
Les collaborations naissent à la fois de démarches internes et de sollicitations extérieures. Historiquement, les bibliothèques ont développé des liens forts avec les écoles, et ce sont plutôt elles qui sollicitaient les bibliothèques. Maintenant c’est plutôt l’inverse. Toutefois, pour certains publics, il est nécessaire de les chercher activement, notamment dans les écoles primaires.
C’est aussi parce que dans les bibliothèques comme les nôtres dépendent de la municipalité. Alors que lorsqu’on passe au collège ou au lycée, ça devient plus indépendant. Par exemple, le collège d’Andrésy, il faut qu’il y ait un professeur motivé qui vienne nous chercher.
Comment ça se passe pour les écoles/collèges ?
Nous faisons généralement une réunion au début d’année avec les enseignants pour leur proposer un programme précis, comme des expositions changeant d’une année à une autre. Sinon, c’est un simple accueil classique. Sur la ville, on a 11 écoles primaires et maternelles. On invite les classes à venir deux fois maximum dans l’année pour des visites accompagnées, avec des lectures et des temps de choix de livres.
Nous proposons aussi des créneaux en autonomie, qui sont plutôt des créneaux d’emprunt sur place. Les professeurs peuvent aussi proposer des thèmes ou des sélections particulières. Par exemple, nous faisons le « Printemps des poètes », des lectures de poésie sont proposées dans les écoles. Néanmoins, nous ne pouvons pas faire beaucoup d’animation. Nous sommes une bibliothèque, et non une médiathèque. Nous n’avons pas les ressources numériques ou des espaces pour animer sans arrêt. Le métier de bibliothécaire varie ainsi selon l’endroit, même si nous faisons la même chose : offrir des collections aux publics.
Concernant les autres types de partenariats les associations, les institutions etc., comment ça fonctionne ?
Nous travaillons actuellement avec la Crèche de la ville, qui s’appelle Les Oursons. J’y vais une fois par mois d’octobre au mois de juin. Il n’y a pas pendant l’été ni le mois de septembre, car c’est la période de réintégration pour les petits. Je fais des séances de lecture une fois par mois, et je dépose une vingtaine d’ouvrages dont ils peuvent se servir durant le mois qui suit, ce qui donne lieu à des échanges.
Cette année, ils participent au Prix des bébés lecteurs, qui a lieu au niveau de la communauté d’agglomération, qu’on propose aussi à la bibliothèque. Le principe, c’est de lire quatre livres aux enfants et de les faire voter à la fin de ce temps. On travaille aussi avec le RAM, (Relais des Assistantes Maternelles), qui propose des activités aux assistantes maternelles agrées. Je les reçois une fois par mois à la bibliothèque et je fais des lectures aux tout-petits.
Après, il y a le travail avec la maison de retraite. Donc il y a une autre collègue qui va une fois par mois à la résidence autonome, qu’héberge l’hôpital. Elles amènent des livres qu’elles peuvent choisir sur place, il y a un emprunt et un échange autour des livres. On va aussi une fois – maintenant c’est une fois tous les deux mois en fait, on a réduit un peu, parce qu’il n’y a pas trop de visites – à l’espace de vie sociale, dans un autre quartier de la ville.
Nous allons aussi dans d’autres établissements dans la ville, notamment ceux qui accueillent des personnes en situation de handicap. On a l’INPRO, l’Institut Médico-Professionnel. ils accueillent des jeunes de moins de 20 ans, et il y a des activités pour les insérer dans la société, les préparer à un métier, parce qu’ils ne poursuivent pas forcément leurs études. On est en lien avec une éducatrice qui amène un groupe à chaque vacances scolaires, car ils ont des vacances décalées.
On fait des quizz, des jeux, pour leur permettre de s’approprier les ressources de la bibliothèque. Puis après, on leur présente les collègues. Le deuxième établissement, c’est un foyer d’hébergement qui dépend de l’APIJH, Association pour Adultes et Jeunes Handicapés. On fait un dépôt de livres, ils ont une salle où ils peuvent les consulter, et les lire sur place.
Je pense à l’EMS aussi, l’école municipale des arts et des sports. C’est un service de la ville qui nous demande à chaque vacances scolaires, qui propose des activités aux enfants entre 6 et 11 ans. Un principe de prêt de documents sur les thématiques sportives, et puis un petit peu des lectures loisirs. Donc, à chaque vacances scolaires, je leur fais une sélection et ils viennent la chercher, comme ça, les enfants qui sont inscrits à ce dispositif peuvent en bénéficier aussi.
Il y a plein d’autres services municipaux avec qui on peut travailler ponctuellement. Par exemple, l’année dernière, en janvier, on a eu une exposition sur le roman photo. En octobre 2021, du coup, on a anticipé et proposé des ateliers romans photos au service jeunesse et à l’EVS, l’espace de vie sociale. Puis après, on a une conférence sur les romans-photos, on essaye donc de faire des choses qui viennent enrichir nos propositions de base.
Comment procédez-vous concrètement lorsque vous souhaitez mettre en place un projet de collaboration ?
On essaye de construire des choses qu’on a envie de mettre en avant. Une fois qu’on a cette idée, on voit quel partenaire solliciter. Si ce sont des partenaires municipaux, il n’y a besoin de rien, ça se formalise comme ça.
À partir du moment où on a des intervenants extérieurs, si c’est pour des animations tout public ou même pour des classes, il y a tout un processus administratif à suivre. Ce n’est pas compliqué, c’est juste qu’il faut suivre les étapes, faire une convention et s’engager financièrement pour que la personne soit payée si c’est un intervenant. Si on doit en trouver un, on contacte une association, un prestataire qui corresponde à ce qu’on cherche. Puis on envoie un mail de demande de renseignement. Quand on a réussi à se mettre d’accord après des échanges par mail, on leur demande un devis pour pouvoir faire une demande d’engagement auprès des services financiers.
Et est-ce que cela diffère beaucoup, selon le type d’institution avec lesquels vous travaillez ?
C’est seulement une idée préconçue. C’est-à-dire qu’on se dit, tiens, si on collabore avec le service jeunesse, on va voir les jeunes. Ce n’est pas aussi systématique, mais je ne me rends pas vraiment compte.
Si on prend par exemple les classes des crèches, honnêtement, je pense que ça a un impact car ça peut faire connaître la bibliothèque à certains parents qui ne connaissaient pas. Cela peut aussi leur faire prendre conscience qu’on peut lire des histoires aux tout petits et qu’il y a un intérêt.
Au niveau des écoles, c’est sûr, il y a un impact. Il y a des enfants qui reviennent après, ou qui demandent à leurs parents de venir à la bibliothèque après être venus avec leur classe. D’ailleurs, on donne toujours à la fin des séances aux enseignants des petites fiches d’inscription qu’ils puissent diffuser aux élèves qui le souhaitent.
Mais sinon, quand c’est des soirées ou des rencontres avec des auteurs pour les adultes, les gens vont venir parce que cet intervenant-là, cet auteur là va les intéresser. Puis ils ne vont plus revenir.
Est-ce qu’il y a une collaboration qui vous a particulièrement marquée ?
Oui. Il arrive que des collaborations ne fonctionnent pas. C’était un projet qu’on a fait pour Bibliophonie, en octobre dernier. Le projet a marché, mais ce n’était pas tout à fait comme on l’imaginait.
On a d’abord sélectionné des phrases. On était présentes au forum des associations, et on a fait voter les gens sur leurs phrases préférées. Mais l’idée, c’était que ce soient les jeunes qui viennent et qui écrivent les phrases et qui peignent les marches.

Ils ne sont pas venus ?
C’est compliqué. Beaucoup de jeunes trouvent l’idée sympa et s’inscrivent, mais au final ils ne sont pas venus. Et comme ce n’est pas une classe, rien ne les oblige à venir. Enfin, bref, c’est nous qui avons fini.
Isabelle Pencreach est directrice depuis une quarantaine d’année dans la bibliothèque Saint-Exupéry. Elle a choisit de faire ce métier principalement pour l’envie de partager l’accès à la culture et de rentrer dans la fonction publique.

Emma et Raphaël – The Word Wide Web