À travers cet entretien, Maeva Tissot nous explique comment elle organise la communication numérique de la Bibliothèque publique d’information (BPI) sur les différents réseaux sociaux, en lien avec sa proximité avec un autre lieu culturel : le Centre Pompidou.
Le travail du service de communication de la Bibliothèque publique d’information au jour le jour
Est-ce qu’il vous arrive d’être fatiguée mentalement ou physiquement à cause du numérique (lumière bleue, etc) ?
Cela peut fatiguer. donner mal à la tête par exemple, mais c’est à peu près tout. Mon métier a aussi des répercussions sur la vie personnelle : à la maison, je n’ai pas ouvert mon ordinateur depuis 6 mois ! Mais les réseaux sociaux, ce n’est pas ce que j’utilise le plus au niveau personnel, donc l’impact reste réduit.

La communication sur le site et sur les réseaux sociaux est-elle imposée par la Bpi, ou est-ce vous qui décidez en équipe ce que vous faites ?
Nous établissons une stratégie de communication au sein de ce service, et en relation avec le chef de service. Ensuite, nous la faisons valider. La direction a des attentes, et c’est à nous de proposer des choses : il faut que ce soit en accord avec l’image de l’institution. Donc on s’adapte, en fonction de leurs consignes. On fait avec ce que la direction pense nécessaire de communiquer, mais cela nous laisse quand même de la liberté.
Les évolutions de la communication numérique de la BPI
Est-ce qu’il y a eu des gros changements dans la communication depuis votre arrivée ici ?

Quand je suis arrivée, les réseaux sociaux n’avaient pas du tout la même fonction qu’aujourd’hui, on suit l’évolution du moment. En soi, ça ne fait que deux ans que je suis sur ce poste, et en ce moment on est en pleine période de changement. Cela nous permet de tout remettre à plat, de repenser les choses, avec les gros mouvements sur X / Twitter (que beaucoup d’institutions quittent depuis l’arrivée d’Elon Musk)… Mais sinon, sur deux ans, je n’ai pas vraiment vu d’énormes évolutions.
Le choix de la BPI en matière de réseaux sociaux
Il y a beaucoup de lieux culturels qui choisissent Instagram comme réseau social privilégié, justement parce que ça leur permet de beaucoup passer par les visuels : vous aussi ?

Instagram, c’est un mélange de beaucoup de choses. C’est un peu les codes de Tiktok, et en même temps c’est quelque chose de très visuel. Surtout, c’est un algorithme qui n’est pas problématique pour les institutions. En pratique, je pense qu’Instagram, Snapchat et Tiktok sont les plus utilisés. Donc oui, Instagram reste notre réseau préféré, parce qu’en tant qu’institution nous ne sommes pas sur Snapchat par exemple.
Certains le font mais c’est une communication très différente, et nous qui sommes dans le domaine culturel, la photo et la vidéo sont idéals. Surtout maintenant avec les stories, les collabs, etc. On peut faire tellement de choses que cela rend le travail sur ce réseau très agréable.
Êtes-vous satisfaite des réseaux sociaux que de la BPI, ou est-ce que vous voudriez en utiliser d’autres ?

Nous ne sommes pas sur Tiktok, même si c’est un réseau sur lequel nous avons totalement notre place, et où on adorerait être. Mais pour l’instant ce n’est pas possible. Cela dépend de la façon dont va évoluer l’application.
Sur Facebook, la communauté est très différente, mais étonnamment, on a quand même une grosse communauté, et le rythme n’est pas non plus excessif. Ce n’est pas le réseau qu’on apprécie le plus, mais Facebook reste un réseau social important pour nous.
Nous avons quitté Twitter/X, on a un peu suivi le mouvement. Maintenant, on se retrouve avec Instagram qui marche vraiment bien, sur lequel on est très présents. Nous sommes très contents d’être dessus et de connaître un peu de succès.
Nous réfléchissons à passer sur Bluesky, maintenant qu’on a arrêté de publier sur X. Pour l’instant, nous nous concentrons sur quatre réseaux (Instagram, Facebook, Youtube, Linkedin), pour des questions de temps, et pour rester efficaces.
Le contenu de la Bpi sur les réseaux sociaux
La BNF fait la présentation des collections, elle montre les coulisses des métiers, etc. Est-ce qu’il y a des spécificités de contenu à la Bpi ?

La Bpi a fait beaucoup de choses similaires à la BNF. Donc oui, nous avons fait, par exemple, des vidéos où nous présentons nos ressources. C’est quelque chose qu’on fait assez régulièrement. Mais nous faisons partie d’un centre culturel. Nous avons la chance d’être en relation avec le musée.
Cela nous donne des opportunités particulières, comme de jouer sur des mouvements artistiques, même si on fait aussi des choses assez classiques. Ils postent, et nous aussi, sur les événements et les collections pour les valoriser.
Nous faisons un peu moins de choses comme les coulisses. Il y a tellement de contenu qu’on n’a pas forcément le temps de le faire. Notre charge de travail est assez dispatchée, même si pour les réseaux sociaux on voudrait en faire un petit peu plus.
Sur tous nos comptes, nous essayons aussi de faire des posts en lien avec l’actualité. Par exemple des ouvrages sur les femmes en mars. En juin, ça va être plutôt queer…
L’IA et la communication à la Bpi
Est-ce que vous utilisez l’IA dans votre travail ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
L’IA, c’est un grand sujet, mais je ne l’utilise que très peu pour plein de raisons. Cela enlève un peu de travail. Si on fait des visuels via l’IA, il n’y aura pas de droits d’auteurs à payer aux photographes. Mais ça leur enlève aussi leur salaire. Pour les visuels, on évite de l’utiliser.
On a un sujet sur l’IA qui arrive. Nous allons évidemment l’utiliser pour l’occasion, mais sinon on évite au maximum, pour ne pas donner le travail des gens à une machine.

Pour tout ce qui est rédaction, nous voulons préserver une vraie « patte », que ce soit la nôtre ou celle de nos intervenants.
Je ne suis pas contre l’IA. Elle peut être utile pour plein de choses, mais pas tellement dans mon domaine. Nous ne l’utilisons que pour les sujets qui le nécessitent.
Avez-vous peur d‘être remplacée par l’IA, comme le sont de plus en plus les métiers artistiques/de communication ?
En tant que chargée de communication, non. Je n’ai pas du tout peur de me faire remplacer, parce qu’elle ne peut pas faire mon travail pour le moment. Elle peut faire plein de choses mais elle ne peut pas administrer un site par exemple, donc je ne m’inquiète pas du tout pour ça. Par contre, c’est vrai que si j’étais graphiste ou illustratrice, je pourrais avoir peur, même si je pense qu’on n’en est pas encore là.
La communication pendant les travaux à la Bpi
La Bpi va fermer pour travaux pendant plusieurs années : comment est-ce que vous voyez cet événement ? Plutôt comme une menace, ou comme une opportunité ?
Plutôt comme une opportunité. On a déjà fait un relogement il y a plusieurs années. On sait ce que c’est, comment gérer la Bpi après la fermeture du Centre Pompidou. Nous allons un peu reprendre ce modèle (celui de l’ancien relogement). Nous allons essayer de promouvoir les différents endroits où sera déplacée la programmation culturelle de la bibliothèque.
De toute façon, nous continuons la communication sur les événements : c’est juste qu’ils ont lieu dans des endroits différents. C’est encore en construction, puisque c’est un projet en plusieurs points : nous devons, pour l’instant, annoncer la fermeture.
C’est un énorme travail, car beaucoup de gens ne savent pas que la Bpi ferme. Le but, c’est de donner au public des alternatives. Nous nous occuperons ensuite de valoriser la programmation hors les murs, de prévoir la fin des travaux, etc.

Alexandre HENAUX – Numériquement livre
Maeva Tissot travaille comme chargée de la communication numérique à la Bpi depuis 6 ans. Entrée en tant qu’assistante grâce à un contrat aidé, à la suite d’une licence d’anglais LLCER, elle s’occupe aujourd’hui de la communication à la fois institutionnelle et événementielle de la bibliothèque. Elle gère principalement les réseaux sociaux et le site web, mais également une partie de la communication imprimée (flyers, affiches, etc).